2022

Des milliers de roses

Des milliers de roses est un projet multidisciplinaire qui explore la mémoire, la disparition et ce qui demeure après l’absence. À travers une installation, des mosaïques et des peintures, j’explore la mémoire, l’absence et les traces laissées par les milliers de personnes âgées disparues pendant la pandémie. La rose, la matière fragmentée et les paysages évoqués par la peinture deviennent autant de métaphores de vies, de souvenirs et de fragments d’histoires. Entre hommage et méditation, le projet questionne notre rapport à la perte et à la mémoire, tout en faisant émerger une réflexion sur ce qui, malgré la disparition, continue de vivre en nous.

L’installation Requiem pour des milliers de roses fait référence au requiem, cette prière ou cette œuvre dédiée aux défunts. Le mot, issu du latin requies, signifie « repos » et évoque le repos accordé aux morts ainsi que leur mémoire. Ici, le requiem prend une forme visuelle et symbolique. Chaque rose séchée représente une personne disparue. Réunies par milliers derrière les barreaux d’une cage, elles deviennent les traces silencieuses d’une multitude de vies. Le voile qui enveloppe l’installation évoque le deuil, tandis que la cage fait référence au confinement vécu par de nombreuses personnes aînées et à leur vulnérabilité.

Ainsi, Requiem pour des milliers de roses se veut à la fois un hommage et une méditation sur la disparition, l’isolement et la fragilité de la vie. Les roses, autrefois vivantes et maintenant desséchées, deviennent les témoins silencieux de ceux qui ne sont plus.

Requiem pour des milliers de roses, la cage
Requiem pour des milliers de roses, 2022 — installation
Vue d’installation de l’exposition Des milliers de roses
Vue d’installation — Des milliers de roses, 2022, Galerie Jean-Letarte, Boucherville

Les mosaïques naissent d’une réflexion sur les milliers de personnes âgées disparues pendant la pandémie. Derrière les chiffres se trouvent des vies singulières, des histoires, des souvenirs, des liens et des objets qui ont accompagné ces personnes au fil du temps. La fragmentation propre à la mosaïque devient ici une métaphore de la mémoire. Des fragments de verre, de porcelaine, de dentelle, de perles ou d’objets trouvés sont assemblés, juxtaposés et transformés pour faire émerger des univers intimes. Chaque fragment porte une trace, réelle ou imaginée, d’une histoire qui n’est plus accessible. Les œuvres évoquent ainsi ces souvenirs qui persistent après la disparition d’un être cher. Car lorsqu’une personne s’éteint, une part de son histoire disparaît avec elle, mais certains fragments de cette vie continuent d’habiter ceux qui restent : une image, un objet, une sensation, un geste, une rencontre.

Dans ce travail, assembler les fragments devient alors un geste de mémoire et de réparation. Ce qui était épars retrouve une forme nouvelle. Chaque mosaïque devient un hommage discret à des vies fragiles et précieuses, mais aussi une réflexion sur ce que nous conservons des autres et sur ce qui, à travers eux, continue de vivre en nous.

Rivière rouge mélancolique, mosaïque
Rivière rouge mélancolique, 2022 — verre, bois de grève, feuilles d’or — 31 L × 31 H cm
Souvenirs de mon père, mosaïque
Souvenirs de mon père, 2022 — verre, cuillères à pêche — 31 L × 31 H cm
Réjouissances 1, mosaïque
Réjouissances – 1, 2020 — céramique, porcelaine, verre, bois de grève, dentelle — 31 L × 31 H cm
Réjouissances 2, mosaïque
Réjouissances – 2, 2020 — céramique, porcelaine, verre
31 L × 31 H cm
Réjouissances 3, mosaïque
Réjouissances – 3, 2021 — marbre, verre, feuilles d’or, dentelle, coquille, billes — 15 H × 15 L cm
Réjouissances 4, mosaïque
Réjouissances – 4, 2021 — céramique, verre, camée, feuilles d’or — 15 H × 15 L cm
Réjouissances 5, mosaïque
Réjouissances – 5, 2021 — marbre, perles, feuilles d’or — 15 H × 15 L cm
Réjouissances 6, mosaïque
Réjouissances – 6, 2021 — céramique, verre, marbre, porcelaine, coquillages, dentelle, perles, feuilles d’or — 15 H × 15 L cm

Dans ces peintures, la mémoire se construit par fragments. Des formes, des textures et des traces de couleur émergent, se superposent et parfois s’effacent, comme des souvenirs dont l’image se transforme avec le temps. La matière devient un lieu de passage entre le réel et l’imaginaire. Les compositions évoquent des paysages intérieurs, des lieux familiers ou rêvés, mais aussi des états de présence et d’absence. Ce qui apparaît n’est jamais totalement défini : les espaces se construisent dans l’entre-deux, laissant affleurer ce qui persiste lorsque le souvenir se dérobe. À travers cette tension entre apparition et effacement, ces œuvres interrogent la manière dont la mémoire conserve, transforme et réinvente ce qui a été vécu.

Dentelle, dentelle aux fuseaux sur acrylique
Dentelle, 2022 — dentelle aux fuseaux, acrylique sur toile — 20 H × 20 L cm — Dentelle au fuseau réalisée par Suzanne Richard, dentellière.
Dentelles 1-4, vue d’accrochage
Dentelles 1-4, 2022 — dentelle aux fuseaux, acrylique sur toile — 20 H × 20 L cm
Réminiscence 1, acrylique
Réminiscence – 1, 2022
Réminiscence 2, acrylique
Réminiscence – 2, 2022
Réminiscence 3, acrylique
Réminiscence – 3, 2022
Symphonie inachevée, acrylique
Symphonie inachevée, 2022
Un soir de mai, acrylique
Un soir de mai, 2022
Forêt sacrée, acrylique
Forêt sacrée, 2022
Sentier secret, acrylique
Sentier secret, 2022

Acrylique — 51 H × 51 L cm

Confinement et espérance, acrylique
Confinement et espérance, 2020 — acrylique — 51 H × 102 L cm

Photos : Jean-Michaël Seminaro

Sérénissime

Sérénissime a été créée durant la pandémie, alors que le masque était devenu à la fois un objet de protection, d’isolement et de transformation de notre rapport à l’autre. Inspirée du masque du Carnaval de Venise, l’œuvre fait dialoguer deux réalités éloignées : celui qui dissimulait autrefois l’identité pour permettre de se révéler autrement, et celui qui, durant la pandémie, dissimulait le visage pour se protéger.

Cette rencontre entre le masque vénitien et le masque sanitaire évoque une période où les visages se sont effacés derrière un même objet, brouillant les repères et les identités. Dans Des milliers de roses, Sérénissime prend ainsi une dimension particulière : elle rappelle que derrière chaque visage masqué, chaque absence et chaque chiffre se trouve une personne, une histoire, une vie singulière.

Créée dans le cadre de l’exposition virtuelle Flying Masks, l’œuvre a été présentée à l’Université des Beaux-Arts de Buenos Aires, à la Maison de la mosaïque contemporaine de Paray-le-Monial, en France, puis dans le cadre de Portraits of Resilience à l’Art Gallery of Ontario, Toronto.

Sérénissime, masque en mosaïque porté par l’artiste
Sérénissime, 2021

Photo : Liliane Keeler