Née d’un corps immobilisé à la suite d’une fracture du fémur, Histoire d’une chute explore la convalescence comme expérience de transformation et de reconstruction. Plutôt que de la traiter comme une simple parenthèse, j’ai voulu l’habiter comme un espace de recherche : comment la fragilité peut-elle devenir un lieu de renouveau ?
L’exposition met en dialogue plusieurs médiums pour interroger les formes visibles et invisibles de la guérison. Loin d’effacer les fractures, l’exposition cherche à révéler ce qu’elles rendent possible : un espace de mémoire, de réflexion et de renouveau. Elle se déploie en trois volets qui suivent le parcours du corps : de l’immobilisation à la rééducation, puis à une forme de réappropriation.
Cette exposition a bénéficié du soutien du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ).

Journal d’une immobilisation
L’installation est composée d’une porte en carton rigide où figurent des extraits manuscrits de mon journal personnel de convalescence. Ces fragments témoignent d’un rapport transformé au temps, ainsi que de l’invisibilité sociale du corps blessé. L’ensemble est complété par quatre impressions sur toile fonctionnant comme archives d’un corps en transition. La porte et les images construisent un espace narratif où se croisent immobilisation, perte d’autonomie et les premières formes de résilience.

Cette porte en carton rigide sert de support à des extraits de mes écrits de convalescence. Elle porte mes pensées manuscrites comme un journal intime rendu visible. Écrits directement sur le carton, ces extraits gardent la trace de la main et du temps.

Ces quatre impressions, marouflées sur toile peinte à l’acrylique, fonctionnent comme des archives d’un corps en transition.




Impressions marouflées sur toile peinte à l’acrylique — 28 H × 20 L cm (impression), 76 H × 25 L cm (toile)
Apprendre à marcher
En écho à l’œuvre conceptuelle One and three chairs de Joseph Kosuth, l’installation Une et quatre marchettes réunit une marchette recouverte d’éclats de verre et de céramique. Trois impressions sur toile accompagnent l’installation et montrent la marchette avant et après sa transformation. Elles traduisent aussi ma propre définition de la marchette. Ce déplacement du fonctionnel vers le symbolique met en tension fragilité du corps et autonomie.






Réparer l’invisible
Réparer l’invisible réunit douze petits formats peints, issus d’une nature imaginée pendant ma convalescence. Peindre devenait alors un espace pour oublier la douleur.













Ces trois mosaïques s’inspirent du kintsugi, cet art japonais qui répare en rendant visibles les fissures à l’aide de poudre d’or. Dans ces mosaïques, ce sont des smalti d’or qui soulignent les lignes de fracture. Les lignes droites ou sinueuses, rehaussées ou en contraste, deviennent le lieu d’une tension entre fragilité et transformation.




Photos : Jean-Michaël Seminaro